Il y a deux siècles : le divin Marquis (de Sade)

N.B. : Le caractère violent de certaines oeuvres et certains documents est susceptible de heurter la sensibilité des visiteurs annonce l'exposition "Sade. Attaquer le soleil" du Musée d'Orsay.

Sade Arcueil-Cachan Rose Keller, le dimanche de Pâques 3 avril 1768
Scan old postcard.
Le 2 décembre 1814, le divin Marquis (de Sade), contemporain de Saint-George & Dalayrac, né le 2 juin 1740, est mort dans son lit, à l'asile d'aliénés de Charenton Saint Maurice, aujourd'hui "établissement public de santé Esquirol", ou "hôpital Esquirol" (94410), à l'âge de 74 ans. Il était homme de lettres, romancier, philosophe et homme politique. Ces différents "états" lui ont valu vingt-sept ans d'enfermement dans les cachots de l'Ancien Régime, de la Révolution et de 
Head of King Louis XV by François Lemoyne
François Lemoyne.- Etude préparatoire,
Louis XV donnant la paix à l'Europe (1729)
Musée national du Château et des Trianon
Le salon de la Paix)
 l'empire.

Sade est enfermé au donjon de Vincennes en 1777, puis de 1778 à 1784, date de son transfert à la Bastille où il sera aux premiers jours de la Révolution. 




C'est aussi dans le Val de Marne, à Arcueil que se situe la petite maison de campagne de Sade où il entraîne Rose Keller, le dimanche de Pâques 3 avril 1768. Le Point.fr conte l'histoire dans un récit qui relève du "théâtre de la cruauté" et qui pourrait faire penser à Exhibit B. Rose Keller s'échappe de son sequestre, dénonce le marquis devenu comte.

Le Divin Marquis de Sade, lors de son procès, parlera d’une mise en scène très théâtrale, d’un jeu entre personnes consentantes, ne reconnaissant comme violence réelle que l’usage d’un fouet à nœuds. "Il s'ensuit alors un long bras de fer entre le Parlement, qui veut sévir pour satisfaire l'opinion publique lasse des excès aristocratiques, et le pouvoir royal, pressé par le
Château de Versailles, salon de la paix, Louis XV offrant ses deux filles en témoignage de paix à l'Europe, François Lemoyne
François LemoyneLouis XV offrant ses deux filles
en témoignage de paix à l'Europe.
puissant clan de l'accusé de faire preuve d'indulgence. 

En fin de compte, le roi (Louis XV, 1715- 1774) signe une lettre d'abolition annulant d'avance la condamnation de Sade à l'emprisonnement "pour le restant de ses jours". Après sept mois d'emprisonnement, le marquis retrouvera la liberté avec l'obligation de se retirer dans ses terres. Rose Keller se consolera de son aventure avec 2 400 livres et quelques contusions vite disparues".

Les récits dépravés ou érotiques contiennent cependant plus que des contes à faire frémir les jeunes filles de bonne famille. Différents lecteurs mettent à nu la description de la société monarchique française au début du XVIIIème siècle. Quelques uns y voient l'annonce de nos sociétés industrielles construites sur la liberté individuelle, l'abolition de l'esclavage, du servage, la modernisation de la domesticité et l'invention du salariat.

"Dans ses textes sulfureux, Sade (1740-1814) annonce l’avènement de la société productiviste. Son monde reflète le mécanisme de production, avec son organisation, ses représentations, ses symboles, ses différentes formes de rationalisation qui peuvent mener à la destruction de la liberté. L’auteur construit une sorte d’économie politique de la production corporelle, dont la transposition dans le temps et dans l’espace permet déjà d’imaginer notre système économique actuel", nous disait Patrick Vassort en août 2007 (Le Monde diplomatique).

Jean-Jacques Pauvert  a été le premier à publier officiellement l'œvre de Sade en 1945,  il  n’avait pas encore 20 ans, il avait lu clandestinement les 120 journées pendant la guerre, un choc, et depuis cette première lecture, Sade n'a jamais cessé de l'accompagner, de le questionner. Mais qui était le Marquis de Sade ? (franceinter.fr, 11 octobre 2013) reste encore la question travaillée et retravaillée par les sciences humaines et sociales en ce deuxième centenaire de sa mort. la quête d'une liberté qui dure depuis 274 années.

Franceculture.fr consacre en 2013 plusieurs émissions à Donatien Alphonse François de Sade . La radio donne la parole à plusieurs lecteurs de Sade à l'occasion de l'exposition au Musée d'Orsay avec La Nuit spéciale : Sade avec Annie Le Brun par Christine Goémé - Entretiens 1/3 ; Entretien avec Annie Le Brun 2/3 ; Entretien avec Annie Le Brun 3/3.

Jennifer Verraes, chargée de cours à l’université Paris 3, reprend le discours de Patrick Vassort dans sa conférence Pasolini / Sade : une leçon de choses du 31 octobre 2014 pour France Culture Plus.

"L’orgie sadienne est un tableau vivant conçu sur le modèle de l’atelier où, placé sous l’autorité d’un régisseur-contremaître, chacun accomplit son ouvrage. Dans la stricte observation des horaires et l’exécution de travaux planifiés, le groupe prend corps et la machine s’active, stérile. Sa Loi : tout se perd (ou se conserve), rien ne se transforme (rien ne se transmet). « Salò ou les 120 journées de Sodome » est un traité de pédagogie négative – où la consommation est la règle, nulle initiation n’est pensable –, un tableau mécanique destiné à l’apprentissage du seul spectateur".

Enfin, Sade prend corps au Musée d'Orsay avec Sade. Attaquer le soleil.

Monument to the Marquis de Sade
in front of the castle of Lacoste (Vaucluse).


Société d'histoire 94120 Saint-George & Dalayrac
Culture, ce que chacun récolte dans le dalot.

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